HENRI LE SECQ

PHOTOGRAPHE IMPRESSIONNISTE

En cours

Zola dans L’Oeuvre pose cette  question : Est-ce qu’une botte de carottes, oui, une botte de carottes !, étudiée directement, peinte naïvement, dans la note personnelle où on la voit, ne valait pas les éternelles tartines de l’École, cette peinture au jus de chique, honteusement cuisinée d’après les recettes ? Le jour venait où une seule carotte originale serait grosse d’une révolution. 

Ce jour là n’advint pas, la pomme de Cézanne chipa la  place  à la carotte. Ce jour là n’advint pas, le hareng déjà précédait la carotte et la pomme, si nous hissons la photographie au rang d’art, celle des débuts comme celle d’aujourd’hui. Le Secq tomba sous son charme lors d’un séjour en pays de Caux. Au prix des efforts à déployer pour obtenir une photo à l’époque il ne peut s’agir d’un caprice de la part du peintre consacrant dix années consacrées à l’écriture de la lumière (cf l’étymologie du mot photographie). Il existe aussi d’autres natures mortes, plus classiques dans le portfolio du « compositeur », le hareng ne dépareille pas, il se range dans une même catégorie, mais laquelle ? Pied de nez au classicisme, études personnelles ou véritable travail artistique ?













Le hareng, poisson ordinaire sur le port de Dieppe, inspira aussi Charles Cros. Le Hareng Saur,  un tube des années 80. On le chante chez les Pissarro :  La chanson de L'Archet [une chanson tirée d’un recueil de poèmes de Charles Cros : Le Coffret de santal (1873)] est très connue, je l'ai entendue chanter par Cabaner [un habitué de la Nouvelle Athènes], qui avait composé la musique, les paroles sont de Henry Cros [Charles en réalité] le savant qui a découvert le phonographe et l'auteur du  Hareng Saur, on le chante chez les Manet, partout en France et on le chante encore. Cette postérité ne confère à la chanson, art mineure ou divertissement, aucune entrée au pinacle des oeuvres impressionnistes.














L’a-t-on peint ?

Oui ! Charpentier, Van Gogh, Soutine, excusez du peu ! 

La trivialité première du motif, s’efface alors peu à peu dans nos esprits devant un choix fait par les grands de la peinture et lui confère une autre dimension, sauf peut-être pour Charpentier dont la composition se rapproche beaucoup de notre photographe. En effet, le portraitiste des célébrités classe le poisson parmi les mets peu ragoûtantes dont on se nourrit durant le siège de Paris à l’instar du rat, à l’instar de Cham.