Portrait de Wagner à Parme par Renoir.

RENOIR portrait de WAGNER

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L’OEUVRE D’ART DE L’AVENIR


Wagner… un portrait, celui peint par Renoir à Palerme.

Renoir, un monument de l’art musical allemand, la bête noire de Debussy ;-).

Renoir, un écrivain, un artiste ayant des idées révolutionnaires dont on peut encore aujourd’hui se nourrir pour proposer au public, si ce n’est un art total, un art y tendant.

L’Oeuvre d’Art de l’Avenir n’existe pas et n’existera jamais, mais on peut y réfléchir et travailler sur cette voie tracée par les Grecs en leurs temps et Wagner.

Baudelaire a lu le livre et le résume d’un vers célèbre : Les parfums et les sons se répondent ; c’est la force du poète sur le prosateur, mais là n’est pas le débat.

Cet ouvrage, pour sa version française est pratiquement indisponible, surtout gratuitement… alors profitez-en.

Cet ouvrage, est enrichi de musiques et d’oeuvres plastiques citées par l’auteur pour… savoir quelles sont ses références.

Extrait

L'homme est à la nature, comme l'art est à l'homme. Lorsque la nature se fut développée jusqu'à pouvoir renfermer en soi les conditions de l'existence de l'homme, l'homme surgit de lui-même : dès que la vie humaine produit d'elle-même les conditions [nécessaires] à l'apparition de l'œuvre d'art, celle-ci entre d'elle-même dans la vie.

La nature engendre et façonne sans intention et inconsciemment selon le besoin, et par conséquent par nécessité : la même nécessité est la force qui engendre et façonne la vie humaine ; seul ce qui est sans intention et inconscient, surgit du besoin réel ; dans le besoin seul réside la cause de la vie.

L'homme ne constate la nécessité, dans la nature, que par l'enchaînement des phénomènes de celle-ci tant qu'il ne le comprend pas, cet enchaînement lui paraît arbitraire.

Dès l'instant que l'homme se sentit différent de la nature, [dès l'instant], par conséquent, où commença, en somme, son évolution en tant qu'homme, en s'arrachant à l'inconscience d'une vie animale naturelle pour passer à la vie consciente, lors donc qu'il s'opposa à la nature, et que se développa en lui la pensée de ce sentiment qui naissait de sa dépendance, dès ce moment commence l'erreur comme première manifestation de la conscience. Mais l'erreur est la mère de la connaissance, et l'histoire de l'origine de la connaissance [née] de l'erreur est l'histoire du genre humain depuis le mythe des temps primitifs jusqu'à nos jours.

L'homme se trompa dès le jour où il plaça la cause des actes de la nature en dehors de l'essence même de la nature, substituant au phénomène matériel une raison immatérielle, imaginée arbitrairement humaine, croyant infinie la dépendance de son activité inconsciente, et sans but la conduite intentionnelle d'actes de volonté indépendants et limités. Dans la solution de cette erreur réside la connaissance ; celle-ci est l'intelligence de la nécessité dans les phénomènes dont la cause nous semblait arbitraire.

La nature, par cette connaissance, se rend consciente d'elle-même, même dans l'homme qui, en se différenciant lui-même de la nature, parvint à reconnaître la nature, puisqu'ainsi elle devint objet pour lui : mais cette différenciation cesse de nouveau, dès que l'homme reconnaît également pour sienne l'essence de la nature, [reconnaît] donc la même nécessité pour tout ce qui existe et vit réellement, donc pour l'existence humaine non moins que pour celle de la nature, et par conséquent non seulement pour la connexité des phénomènes naturels entre eux, mais encore pour sa propre connexité avec la nature.

Or, si la nature par sa connexité avec l’homme, parvient, dans l’homme à être consciente d’elle-même, et si la mise en action de cette conscience est la vie humaine elle-même, - la représentation pour ainsi dire, l’image de la nature, - la vie humaine elle-même atteint son intelligence par la science qui, en retour, se fait de cette [intelligence] un objet d'expérience; la mise en action de la conscience acquise par la science, la représentation de la vie reconnue par elle, l'image de sa nécessité et [de sa] vérité, - c'est l'Art .

L'homme ne sera pas ce qu'il peut être et doit être tant que sa vie ne sera pas le miroir fidèle de la nature, l'observation consciente de la seule nécessité véritable, de la nécessité naturelle intime, et non pas la soumission à une puissance externe, imaginaire, et modelée seulement sur l'imagination, non nécessaire par conséquent, mais arbitraire. - C'est alors seulement que l'homme sera en réalité homme, tandis que, jusqu'à présent, il n'a jamais existé qu'en tant qu'attribut tiré de la religion, de la nationalité ou de l'État. - De même, l'art ne sera pas ce qu'il peut et doit être, tant qu'il ne sera pas l'image fidèle du véritable homme et de la véritable vie nécessaire aux hommes, donc, tant qu'il lui faudra emprunter les conditions de son existence aux erreurs, travers et monstruosités de notre vie moderne.

L'homme véritable n'existera donc pas, tant que la véritable nature humaine, et non celle des lois arbitraires d'Etat, ne formera et ne réglera pas sa vie; l'art véritable ne vivra pas tant que ses créations ne seront pas soumises aux lois de la nature, et non au caprice despotique de la mode. Car, de même que l'homme n'est libre que lorsqu'il est devenu conscient avec joie de ses rapports avec la nature, de même l'art ne sera libre que lorsqu'il n'aura plus à rougir de ses rapports avec la vie. Ce n'est que dans la joyeuse conscience de sa connexité avec la nature que l'homme s'affranchira de sa dépendance vis-à-vis d'elle ; mais l'art ne s'affranchira de sa dépendance de la vie que dans la connexité avec la vie d'hommes véritables et libres.